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 Les 7 merveilles du Monte’ (4 /7) : 1989, Didier Auriol « l’héritier »
Auteur :Hors Ligne JEANFRAN (---.w92-171.abo.wanadoo.fr)
Date :   15-01-2018 20:01
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Après l’accident mortel d’Henri Toivonen et Sergio Cresto en 1986 et la disparition des GrB, les deux saisons qui suivirent furent assez insipides en championnat de monde des rallyes.
En passant de GrB de 550 Cv à des GrA de 240, le spectacle est soudain devenu beaucoup plus ennuyeux. En 1987, heureusement, les routes du Monté Carlo sont enneigées et sur ce terrain, peut importe la puissance, pourvu qu’on ait la glisse… La Lancia Gr.A de Biasion s’impose dans un final tronqué.
L’édition 88 et ses 603 km de chrono consacre enfin Bruno Saby au volant d’une Delta HF, les autos commencent à êtres plus puissantes et plus racées. Sans une sortie où il laissa plus de 20 minutes, un grand Alain Oreille pouvait prétendre à la 2ème place au volant d’une R11 GrA et on se dit alors qu’avec Bugalski, Delecour, Gazaud, Magaud, Loubet…la filière française a de la ressource et que la succession de Ragnotti et Thérier est peut être en marche... Néanmoins, cette relève française, il semble qu’elle vienne principalement de Millau et d’un espoir immensément doué qui n’a pas encore posé ses roues au Monté Carlo...
Début 1989, la relève va devenir une menace…
Au départ de la 57ème édition, 172 partants rêvent du rocher mais les 620 km truffés de pièges vont vite opérés une sélection naturelle impitoyable. En 1989, a 31 ans, Didier Auriol tout frais pilote officiel Lancia Martini va découvrir l’épreuve. Il est très attendu. Après des débuts sur Simca Rallye 2 en 1979, il fait voler une Escort RS Gr2 avec laquelle il obtient ses premiers lauriers. En passant à la R5 Turbo en 1983, son talent éclate au grand jour. Il finit troisième du championnat de France 2°Div et il menait le Terre de Castine avant d’abandonner… La saison suivante, au volant d’une R5 Turbo Tour de Corse, il réalise son premier temps scratch en championnat de France au Terre de Provence ( surface sur laquelle il montre des dispositions qui rappellent un célèbre Normand !), il est dans les temps de Ragnotti au Tour Auto mais il faut surtout le voir en action pour se faire une idée du phénomène…
Son pilotage est instinctif, il place un seul coup de volant, très violent, bien avant le virage, il met la voiture en glisse très tôt puis débraque rapidement pour accélérer le plus vite et le plus fort possible. Pour imager son style, on peut dire que Didier « jette » la voiture en glisse afin de ne jamais être surpris par les réactions de celle - ci. Ce pilotage autoritaire et très impressionnant, fait de changements d’appuis brutaux et de grandes glisses, fait appel au feeling, à l’osmose. La voiture semble être le prolongement parfait de son pilote. Tout semble naturel et facile.
Si la voiture ne convient pas à Didier, il « ne fera rien », si elle est réglée pour lui, il est imbattable ! En 1985 ses adversaires vont s’en rendre compte ! Il décroche le titre de Champion de France 1986 avec la MG Métro 6R4 puis commence à exporter son talent en 1987. Didier est à nouveau sacré au niveau national cette année là au volant d’une Sierra RS Cosworth mais surtout, il réussi une étonnante 4ème place au San Remo…
Outre un nouveau titre français acquis avec la manière en 1988, le millavois participe, toujours avec la Sierra, au Portugal où il réalisera un scratch sur la terre tout en dominant son équipier Stig Blomquist. Il se classe 2ème de la première étape derrière la Lancia de Biasion avant d’abandonner… Une mise en garde !
Didier remporte sa première victoire mondiale au Tour de Corse 88 et puis, surtout, Didier va s’envoler pour les 1000 Lacs où il va faire la découverte du plus grand toboggan du monde. Dans ce temple de la vitesse finlandais, le français fera voler sa Sierra Cosworth est en reviendra avec les portes de Lancia Martini grandes ouvertes ! Sur le terrain de chasse des « Flying Finns » le jeune français domine presque facilement les autres Sierra de Sainz et Blomquist et même la M3 du grand Vatanen pour finir sur le podium final… L’exploit ! Une performance qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Jean Luc Thérier lors du rallye de Suède 1973. Auriol, l’héritier !
Retour en 1989 et sur notre 57ème Monté Carlo. Rien de mieux que l’Ardèche pour rentrer dans le vif du sujet. Les deux Lancia Martini de Biasion et Saby font figures de favoris mais le p’tit nouveau va rapidement afficher ses prétentions. Dés le deuxième chrono de Lalouvesc, en 19 km, Didier pose plus de 1sec/ kil à tout le monde, Biasion encaisse 22’’ !! Dans Château de Boulogne il inflige encore 19’’ à l’Italien, survole Sisteron, Puget Theniers…Le nouveau pilote Lancia fait preuve d’une capacité d’adaptation hallucinante, son sens de l’équilibre inné lui permet de parfaitement anticiper les changements de grip…C’est une démonstration ! En signant 10 scratchs, le français est le meilleur performer de l’épreuve mais une succession de crevaisons vont l’éloigner de l’exploit historique de s’imposer lors de sa première participation. Didier finira 2ème derrière Biasion, Saby est 3ème. Triplé Lancia à Monaco et début d’une nouvelle ère placée sous le signe du génial « lutin millavois » !!
Le Monté Carlo 1990 consacrera un très grand Didier Auriol qui signe 15 scratchs sur 28 ES et rejoint le port de Monaco avec 52’’ d’avance sur la Toyota GT4 de Carlos Sainz. Le pilote Lancia signa quelques chronos pour écœurer ses adversaires puis géra son effort : du grand art ! Son équipier Biasion complète le podium, mais à 3’39’’ … Et, alors que sur la 309 Enjolras François Delecour intègre le top 10 grâce à une attaque de tous les instants, un jeune allemand, Armin Schwarz, découvre le rallye et affiche un style pour le moins… époustouflant !
En 1991, sur la Lancia du Jolly Club, Didier casse le moteur dans Burzet pendant que François Delecour y signe son premier scratch en mondial. Le tout frais pilote Ford va ensuite survoler le rallye au volant de la Sierra RS 4X4 avant de casser dans la dernière spéciale…Episode célèbre et tragique !
Le 60ème Rallye Monté Carlo, en 1992, se compose de 26 chronos totalisant 628 km de spéciales ! Au volant d’une Delta HF officielle, Didier Auriol se montre intraitable, souverain, il signe quelques chronos d’anthologie puis maintien ses adversaires à distance. Dans Antraigues et Lalouvesc, Didier parvient à creuser des écarts abyssaux qui ne sont pas sans rappeler un certain Walter Rohrl ! Il remporte 11 scratchs et la course avec plus de 2’ d’avance sur la Toyota de Sainz. La seconde Lancia de Kankkunen gravit la 3ème marche du podium alors que la troisième transalpine, celle de l’espoir Philippe Bugalski, décroche une très belle et prometteuse 5ème place ! De son côté, un certain Tommi Makinen débarque et se révèle en intégrant un top 10 porteur d’espoir…
Didier brilla encore sur de nombreux Monté Carlo, il se permit également de remporter 6 Tour de Corse, de briller sur tous les terrains du Monde, de décrocher le titre mondial (le premier pour un français) en 1994 … Mais ce sont surtout quelques - uns de ses exploits qui m’ont marqués, notamment les 1000 Lacs 92 où il terrasse son équipier kankkunen et décroche une victoire historique sur ces « pistes de bobsleigh » finlandaises après trois jours de voltige et d’apesanteur !
Et puis, pour moi, si Didier Auriol fait parti de la « race des seigneurs » c’est aussi parce qu’il y a eu le Monté Carlo 93 et que je l’ai vu en totale furie, en transe : inoubliable ! Cette année là, chez les favoris, Auriol et Kankkunen débarquaient chez Toyota, Sainz roulait au volant d’une Lancia du Jolly Club en compagnie d’Aghini alors que François Delecour et Miki Biasion restaient fidèles à Ford où l’Escort remplaçait la Sierra.
Le début de rallye est très compliqué pour Didier, il est un peu en délicatesse avec sa Celica et il a perdu prés de 40’’ sur crevaison. Au parc à Aubenas, François Delecour est un solide leader et semble même inaccessible…
Direction la Drôme où, au pied du Vercors, le leader du rallye domine encore ses poursuivants puis, arrivent les 30km de Rosans, comme un avertissement…. Rosans, c’est un « morceau », les changements de rythme y sont nombreux et ça va vite, très vite…224Km/h atteint par le leader qui, au point stop, reçoit pourtant une sacrée gifle : 15sec de plus qu’Auriol ! Le Millavois et sa nouvelle geisha remettent le couvert dans Plan de Vitrolles où, cette fois, Delecour prend 229Km/h (!) et… 15sec en 18Km par son ennemi préféré ! De quoi admirer, aussi, Grataloup, Occelli et tous les « chefs d’orchestre » de droite ! C’est pire encore pour Sainz et Aghini qui sortent de concert sur le verglas. Sale dimanche pour Lancia ! A Gap, le petit Sébastien Ogier vient de fêter ses 10 ans et les deux Ford dominent l’épreuve. Auriol pointe à 2min17. Un gouffre !
Un lundi au soleil attend Carlos Sainz au départ du chef lieu des Hautes-Alpes. Avec une Lancia re-stylée mais l’orgueil blessé, le matador scratche dans les Garcinets avant de survoler les surplombs de la Durance, je veux bien sûr parler de la mythique Sisteron - Thoard. A Trigance, puis dans le Bleine, la confiance change de camp, Auriol reprend la main. Didier n’a plus rien à perdre, François lui… Du côté de Boreham, on pourrait être confiant, le pilote de Cassel est toujours leader, Miki assure les arrières alors que Didier pointe à 1min11… Mais, cette fois - ci, c’est sûr, avant de s’enfoncer dans le froid de la forêt de Turini et d’une dernière nuit légendaire, le loup est dans la bergerie !
27 janvier 1993, OH33, François Delecour se retrouve face à son destin. 15min37 plus tard, il en finit avec le Turini où il devance Didier Auriol de 5sec. Restent 4 chronos ; 1min16 séparent nos deux français, désormais seuls au monde. Les 22 Km de la Couillole sont rapides, piégeux, l’arrivée est complètement folle, j’y ai vu passer un Auriol en furie, faisant abnégation du verglas noté par ses ouvreurs, Delecour non…il encaisse 25sec ! Ecart : 51sec. La tension monte. « L’extra - terrestre » continue son récital dans Entrevaux, frôle la catastrophe à plusieurs reprises… François, impuissant, nerveux, est assommé par 31sec qui lui mettent un genou à terre… encore 20sec d’avance mais le spectre de 91 refait surface ! La tension devient insupportable ! Les lacets du Bleine se transforment alors en tournant historique de cette 61ème édition. Auriol y pulvérise son propre record de 31sec (!) Delecour est sonné, paralysé, groggy…Revenu du diable Vauvert, le lutin de Millau et sa « Toyot’à remonter le temps » occupent désormais la tête du rallye, pour 2sec! François sait que la plus belle épreuve du monde vient de lui filer entre les gants, une fois de plus… Le long des effroyables ravins de Tourette du Château, Didier en remet une couche, il assomme la course. Rien à dire, le nouveau pilote Toyota est au sommet de son art, après ses démonstrations de 90 et 92 avec Lancia et sa fabuleuse victoire aux « Mille Lacs » il est évident que ce sera encore lui le patron du championnat ! Didier et sont coéquipier Bernard Occelli, héroïques, sortent victorieux de cette « nuit de la peur ». Cette victoire improbable, cette remontée incroyable, cette nuit inoubliable ont fait naître quelques suspicions. Je ne sais pas si les Japonais de Toyota ont versé quelques gouttes de saké dans le réservoir de la Celica mais, ce dont je suis sûr, c’est qu’au cours de la dernière nuit, Didier fut le maître du temps ! Et dira : « … J’ai l’impression de ne rien avoir vu, de ne plus savoir…Tu a tout qui défile, les notes tombent…C’est un truc de fou ! »

Jeff Boulet.


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