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| SISSU ET COPILOTES ou ODE A CES ETRES CHERS
Oui, ces chers copilotes, cet espèce de playmobil doté de la parole que tu installes à ta droite et qui se permet, tantôt de juger de ton niveau de performance, tantôt de t’encenser ; ces êtres difformes dont le seul intérêt est finalement d’aller pointer à ta place, ceux-là même qui te cassent tes alibis quand tu avances pas en spéciale et qui se permettent de relater à tout le monde ton non-sortage des doigts du c.., ces étonnants mammifères qui pour la plupart n’ont aucunement envie de prendre le volant et qui se satisfont de ce rôle semi-passif…oui, eux ! ils ! ces compagnons indispensables et tellement aimés, oui : ont-ils le sissu ????
Difficile de se prononcer, le sissu étant une sensation personnelle et intérieure, qui pour nous est sensiblement liée au contact rapproché que nous avons avec l’auto par le volant, le pédalier ou encore la manette, comment le copilote peut-il s’en infuser ? par le repose-pied alu ou peut-être bien par l’intermédiaire du cordon spiralé par lequel nous communiquons ? Sais pas, mais quoiqu’il en soit j’ai en ai au moins connu un qui l’avait, allez je vous raconte.
Fin de l’année 1995, j’ai troqué ma vénérable rallye 2 contre une Opel kadett GTE traction avant (aaarrggghhh), une ex groupe A qui a basculée en groupeffe, le vendeur m’annonce 190 chevaux (finalement un petit 130 ch avec un super couple court), l’auto s’avère fiable et performante, et c’est donc avec joie et entrain que je remplis les cases de cette feuille A4 qui me permettra de m’aligner au rallye des monts de vaucluse 1995. Détail important, je bute sur la case copilote, oui aussi stupide que cela puisse paraître, j’avais zappé ce … détail. Je compose le numéro du président de la FIA, c’est-à-dire : jean-paul, « euh, paulo…niveau copilote, t’as des adresses ? » je me suis souvent demandé si c’était pas lui qui écrivait le « who’s who » du sport automobile, dans la minute j’ai les coordonnées d’un d’entre « eux », fébrile, je compose le numéro de mon peut-être futur sac de sable, « salut, j’appelle de la part de paulo… » Thierry Balazun est un passionné, un pur et dur, qui assouvit sa passion en occupant provisoirement le rôle de copilote, en cours de préparation, dans son garage, une 205 1.6 N2 attend son heure. Il accepte instantanément, peu importe la voiture, ou bien le niveau de pilotage, le plaisir avant tout.
Copilote expérimenté, la séance de reconnaissances n’est qu’une formalité, il ne critique pas mon système de « notes », tout au plus me conseille-t-il de rajouter quelques repères, je bois ses paroles, l’entente est cordiale ce qui laisse augurer d’un beau week-end de course.
Les rallye des monts de vaucluse se limite à une spéciale : le col de murs, à parcourir 2 fois le samedi et 3 fois le dimanche, c’est un peu notre terrain de jeu et le fait de pouvoir l’emprunter sur route fermée limite fortement mes nuits de sommeil les jours précédents le rallye.
La kadett est toujours immatriculée en 07, ce qui nous vaut quantités de « allez les ardéchois !! », « ah, euh oui, mais non…c’est à dire que.. » et puis c’est pas bien grave ça nous offre une petite côte de sympathie supplémentaire et nous voilà partis pour la première spéciale au milieu des 140 autres équipages. Un premier passage pour « voir », on réalise un petit 5’39, nous sommes bien conscients de nous être économisés, le second passage au cours duquel je m’applique, tant au niveau du pilotage qu’au niveau de l’écoute de mon équipier, se solde par un bien meilleur 5’33. Le fait est, l’ambiance est au beau fixe dans la kadett, thierry est un copilote formidable et qui gère ma prise de confiance, tout dans ses annonces, son intonation, les répétitions éventuelles de notes, les mises en garde, est calqué sur mon niveau d’attaque. C’est sur le chemin du retour vers le parc fermé de Velleron que j’en prend conscience et que je réalise l’importance de ce que j’ai longtemps considéré comme étant la tâche ingrate dans le sport automobile. Appuyés au comptoir de la buvette nous écoutons avec anxiété l’annonce du classement, le speaker énumère une à une les autos classées : 81ème, nous sommes 81ème, nous explosons de joie, thierry me saute dans les bras, ce samedi soir là de 1995, si vous avez vus 2 fêlés faire la farandole autour d’une buvette d’un parc fermé de rallye, c’était nous. C’était inespéré, il y a environ 40 voitures derrière nous. On calcule rapidement notre heure de rendez-vous pour le lendemain et on se quitte dans une embrassade.
Dimanche matin, toujours le sourire, thierry fait son boulot au poil, je n’ai pas à me soucier de chercher l’auto qui nous précède, ni l’heure à laquelle on peut rentrer en parc fermé, et direction Murs.
3ème spéciale, c’est ma première saison de course, j’ai du mal à maitriser mes émotions et j’ai légèrement tendance à m’enflammer, thierry se laisse aussi un petit peu prendre au jeu, ne se rend pas compte qu’il a le bonhomme butagaz assis à côté de lui, et au bout de 2 kms de spéciale, dans un droite moyen bon que je rentre très..trop vite, la kadett entreprend un sous-virage très prononcé qui nous envoie inéluctablement dans les rochers à la sortie du virage, c’est à ce moment là que thierry a les mots qu’il faut et qui nous évitent cette déconvenue « on y va ! on y va ! » s’écrie-t-il, ces mots agissent en moi comme un électrochoc, j’entreprend un sauvetage qui s’avère efficace et thierry s’empresse de me relancer « super denis, allez , on enchaine, gauche à fond ! », 5’25, huit secondes de moins que la veille, puis 5’23 dans la quatrième spéciale, nous avons gagné 30 places !! j’ai une sensation extraordinaire, nous sommes vraiment 2 à piloter, cette communion parfaite et rare s’arrêtera hélas dans la dernière spéciale, à quelques centaines de mètres de l’arrivée, la pompe à essence électrique refusera tout service, une réparation de fortune nous permettra bien de rentrer au parc fermé final de Velleron, mais les 10 minutes d’arrêt dans la spéciale nous relèguerons à la 99ème et dernière place, nous adoptons tous les 2 la même mine défaite, mais ce que j’ai vécu ce week-end là, et l’ami que j’ai trouvé en Thierry nous ferons rapidement oublier ces déboires.
Je le retrouve quelques mois plus tard, pour le rallye des vendanges 1996…..
A suivre….
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