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| Suite de SISSU et COPILOTES .
Je retrouve donc thierry pour les vendanges 96, c’est ma seconde saison de course, je commence à prendre du bec, depuis le début de l’année, j’ai participé à 5 ou 6 épreuves dont 2 rallyes, le vaison 96 avec mon petit frère Didier (en peuneus de série, je vous raconterais), et le second les Monts 96 avec ma femme, Sandrine (un truc de fou à vous raconter aussi), bref je retrouve mon coéquipier favori pour ce fabuleux rallye et ses 2 spéciales à parcourir 3 fois : Suzette et La Roque Alric uniquement sur le dimanche, le samedi étant réservé aux vérifs et aux recos. La kadett a subie des évolutions ultimes : mon copain carrossier a redonné une deuxième jeunesse à la caisse, en gros on a relancé les actions Sintofer à la bourse de new-york, et elle est désormais chaussée de magnifique jantes BBS blanche sur lesquelles trônent des S4 à 50% d’usure. Néanmoins l’accumulation des épreuves a fortement décrassé la mécanique et la kadett s’avère plus performante que jamais. Dans le parc fermé, Thierry et moi ne voyons qu’elle, avec sa déco irmscher et son n°62 qu’elle affiche avec fierté.
Dimanche matin, nous sommes en pleine forme sur la liaison qui relie Malaucène à la spéciale de Suzette, tout à l’air de fonctionner pour le mieux, on est pas encore sur la spéciale qu’on a déjà des têtes de fou (regardez vos photos en spéciale, c’est pas des têtes de fous que vous avez en course ??? n’est ce pas Bruno, même sans les gants !!) je surprend même un léger filet de bave au coin de la bouche de mon cher camarade de jeu…..non non je déconne…allez reprenons sérieux, bon pointage, mettage du casque et des harnais et on se lance dans la première spéciale, les premiers hectomètres sans trop attaquer, les peuneus froids et vraiment trop durs pour cette fin d’année ou la fraicheur est de mise ne me permettent pas d’user de freinages tardifs et de trajectoires saillantes, nous passons le col bosselé, je commence à prendre du grip dans les enfilades, thierry le ressent immédiatement et accentue ses intonations, on est en phase, dans le rythme, l’arrivée de la spéciale approche, droite à fond sur gros freins pour gauche moyen au pont, je freine tard les roues se bloquent un instant, je parvient à éviter le piège à la corde où nombre de pilotes laisseront un demi-train, la kadett s’inscrit parfaitement dans la courbe, « c’est bon !! 100m droite à fond ! sur gauche moyen au pont !! allez denis ! » hurle thierry, je surestime mes capacités et celle de l’auto, je lâche le pied beaucoup trop tard à la sortie du droite, cette fois c’est sûr, on va s’encastrer dans le talus en face, je braque tout, la voiture tire droit, le silence .. pesant règne dans l’habitacle pendant ce bref laps de temps qui semble une éternité….mais les S4, dans leur grande générosité retrouve une once d’adhérence..c’est passé, instantanément thierry relance pour le dernier droite, il envoie même un coup de rein pour passer l’arrivée, pour récupérer un millionième de seconde, passé le point stop, je confie à thierry que cet incident m’a fait perdre confiance, que j’en ai trop demandé à l’auto, aux peuneus, que je pense avoir « surconduit », il a les mots qu’il faut ; nous arrivons au départ de la 2 avec un moral intact et une gnacque des grands jours, de plus les collègues sont à l’épingle serrée de la roque alric, on a leur a promis de leur faire le passage du siècle, pendant que je fais le pipi de la peur, thierry a sorti la peau de chamois et astique le frein à main. Nous prenons connaissance des chronos de nos amis concurrents, c’est bon, on est dans la moyenne haute, ça a l’air de rien, mais ça me colle une pression d’enfer. CH, thierry monte, je suis déjà prêt, il se casque, puis boucle son harnais, j’ai le regard droit devant moi mais quelquechose cloche dans le cockpit, je me retourne vers le truc qui gigote à ma droite…une des sangles de harnais de thierry s’est détachée, impossible de la remettre, c’est celle de sa jambe gauche, « denis, concentre toi, on la remettra à l’assistance, de toute façon, c’est trop tard, c’est à nous »…le commissaire compte déjà 10, je n’y suis pas, thierry le sent immédiatement et me lance un « allez, on y va, on le fait !! » qui me replonge immédiatement dans l’ambiance, l’incident de la sangle est immédiatement oublié..3,2,1 le 1800 de la kadett embrase les S4, 200m droite à fond sur épingle droite, gros freinage en appui, léger sous-virage en sortie mais le revêtement abrasif équilibre les performances de nos peuneus, 50m gauche à fond, 50m droite à fond sur gauche moyen bon, la kadett passe, contre-nature, tout en glisse, la voix laisse échapper dans mes oreilles un « youpi », pour la première fois, j’ai l’impression d’attaquer fort, les notes distillent en moi une énergie inconnue (le sissu !!), j’augmente le rythme, l’épingle où siège mon public préféré approche, peut-être ai-je déjà la tête là-bas lorsque j’attaque ce double-droite ? quoiqu’il en soit je l’ai surnoté, je le rentre à fond, le train avant m’échappe aussitôt, je n’ai même pas le temps de toucher les freins, le choc ¾ avant à environ 100 kmh dans les rochers stoppe aussitôt notre course, l’impact est violent, nous mettons quelques secondes à reprendre nos esprits, les premiers mots que j’entend du sissuhisé de naissance sont : « allez denis, on repart !! on repart !! » je le regarde, un nuage de fumée venant du radiateur enveloppe la voiture, je peine à voir les spectateurs (dont tous nos collègues) courir vers nous…non, je ne me sent pas du tout de repartir, je demande à thierry de descendre voir l’état de l’auto avant de prendre une décision, dans la seconde suivante, il est dehors, face à moi…son visage s’éteint…elle est morte. Elle finira à la casse sur un tas, parmi tant d’autres après que nous ayons changé la caisse. La saison suivante thierry aura la joie de piloter sa 205 et je n’aurais plus jamais l’occasion de l’avoir à mes côtés. Ma seule consolation, c’est que tous les matins, sous la douche, il pense à moi…..oui, vous aviez oublié !! le harnais dont la sangle s’était détachée a fait du dégât, un bel hématome en haut de la cuisse gauche qu’il a toujours 11 ans après. Thierry merci pour tout ça et à bientôt j’espère.
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